Inova -INSERM U483
Université Pierre et Marie Curie
9, quai Saint Bernard
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Le développement de l'informatique et des techniques numériques a ouvert - voilà maintenant une bonne vingtaine d'années - des possibilités nouvelles pour que les personnes handicapées visuelles puissent accéder comme les autres aux sources d'information écrite, livres, journaux, documents professionnels, administratifs et commerciaux. Dans cet article, nous passerons en revue successivement
- les besoins des personnes handicapées visuelles,
- les adaptations nécessaires des documents originaux,
- l'organisation de l'édition adaptée en France,
- quelques expériences dont il est possible de tirer des enseignements
Nous essaierons d'en dégager le schéma général dans lequel devrait s'inscrire le devenir de l'édition adaptée et quelques conclusions pratiques quant aux évolutions souhaitables.
La déficience visuelle peut recouvrir des déficits très divers : perte d'acuité visuelle, difficulté à percevoir les couleurs, photophobie, vision tubulaire, dégénérescence maculaire chez les personnes âgées, … C'est pourquoi le grossissement des documents n'est pas toujours la réponse la mieux appropriée aux difficulté de lecture rencontrées par les personnes malvoyantes. Bien souvent c'est une combinaison individuelle de paramètres qui offre à une personne le meilleur confort de lecture compte tenu de sa déficience.
Impression sur papier
Pour des raisons pratiques et économiques les éditions d'ouvrages spécialisées pour des malvoyants se limitent à des impressions en gros caractères de corps 16 à 20, dans des polices bien lisibles, en noir sur blanc. Ces livres en gros caractère sont réalisés par des éditeurs spécialisés. Ils ont la qualité habituelle des livres, objets faciles à manipuler et à transporter. Ils sont plus coûteux que les livres standards.
Affichage sur écran
L'affichage à l'écran offre une bien plus grande souplesse d'adaptation aux besoins visuels du lecteur. L'image peut être obtenue à partir d'un document papier et à l'aide d'une caméra, agissant comme une loupe électronique paramétrable. Mais de plus en plus, ce sont des fichiers produits par un logiciel ( traitement de texte, application de base de donnée, tableur, …) ou à partir d'Internet qui fournissent la source des documents. Dans ce cas les fonctionnalités de personnalisations du logiciel de lecture permettent de changer aisément, la taille, la couleur, les contrastes ou les polices du texte. Les feuilles de styles de HTML 4.0 permettent de changer du tout au tout l'apparence d'un document obtenu sur un site Web [1]
L'alphabet tactile inventé par Louis Braille pour les aveugles, est formé de petites bosses (ou points braille) réalisées dans du papier épais, selon une matrice régulière à six point (opération d'embossage). Ce système permet à un lecteur entraîné de lire jusqu'à 150 mots minutes, en lecture bi-manuelle. Bien avant l'avènement de l'informatique, le code braille a été le premier code binaire utilisé pour transmettre des informations de manière systématique. Produire un document en braille à partir d'un fichier codant du texte ne nécessite donc qu'une conversion d'un code binaire à un autre. Cela est aujourd'hui facilement réalisé par ordinateur. Notons pourtant que le code braille n'est pas totalement standardisé, que les versions locales tiennent compte des particularités alphabétiques ou d'accents, mais aussi de différents systèmes développés pour représenter certains symboles dans le domaine des mathématiques, de la musique ou de l'informatique.
Braille embossé sur papier
La taille d'un caractère braille est normalisée et ne peut être modifiée sans perturber le lecteur. Elle est d'environ 5mm sur 10mm, de sorte qu'une ligne embossée en braille sur une feuille de papier de format A4 comporte un peu plus de 30 caractères au plus et une page de 25 à 30 lignes. Le papier braille embossé à une épaisseur de près d'un millimètre de sorte qu'un roman de quelques centaines de pages en imprimerie classique donne lieu à plusieurs volumes de plusieurs centimètres d'épaisseur. La conservation de ces ouvrages pose problème non seulement du fait de leur encombrement mais aussi parce que - à la longue - les points en relief finissent par s'aplatir et le que le texte devient moins lisible. Cependant, le braille embossé sur papier offre le confort de la lecture pleine page.
Braille dynamique ou éphémère
A la fin des années 70, sont apparus des afficheurs braille piézo-électriques permettant un affichage dynamique. Le principe repose sur la propriété de certains quartz piézo-électriques de se déformer sous l'effet d'une tension de quelques centaines de volts sans pratiquement consommer de courant. Un dispositif mécanique permettant de mouvoir un picot formant un point braille peut est asservi à un barreau de quelques centimètres de longueur. Ce principe a permis une réduction importante de la taille et du poids des cellules, de leur consommation électrique, ainsi que du niveau de bruit engendré lors des changements d'état, tout en augmentant la fiabilité des afficheurs
.
Figure 1 : cellules d'affichage d'un afficheur braille. Les points saillants sont blancs sur cette figure et les boutons de désignations apparaissent en noir, au dessus de chaque cellule.
L'affichage électronique du braille restreint la fenêtre de lecture à une ligne relativement courte, de 20, 40 ou 80 caractères. Comparé au braille traditionnel embossé sur papier, il offre en revanche de nouvelles possibilités :
- Le code braille informatique compte désormais huit points plutôt que six. Cela multiplie par quatre le nombre de combinaisons possibles;
- L'affichage peut être dynamique. Cela permet notamment de produire certains effets de clignotement sur des parties du texte, le texte disparaissant à intervalles réguliers, pendant un court instant, permettant par exemple de signaler les liens d'une page HTML.
- Le braille devient interactif, grâce à des boutons de désignation, appelés aussi - barbarisme - "curseur routine". L'afficheur braille n'est plus seulement un moyen de prendre connaissance d'informations mais aussi un moyen de transmettre rapidement de l'information ou une commande par un simple "clic", analogue au "clic" de la souris.
- L'affichage du texte en braille peut être synchronisé à d'autres événements sonores, ou visuels. Le braille peut donc être multimédia.
Braille intégral ou abrégé
Très tôt, il est apparu nécessaire de compléter le codage braille de base par un système d'abrègement permettant de gagner en volume (et en vitesse de lecture). Le principe de l'abrègement est de remplacer des groupes de lettres fréquents dans une langue (par exemple, la terminaison -tion en français ou -ing en anglais) par un seul symbole braille. L'abrègement du braille repose donc sur des règles différentes d'une langue à l'autre. Il permet de gagner jusqu'à 30% du volume d'un texte.
La restitution vocale de l'information présente un certain nombre d'avantages complémentaires du braille. Tandis le braille est stable sous les doigts, la parole est fugitive, mais elle ne mobilise ni les mains ni le corps. Elle permet une prise de connaissance rapide du texte au vol. Le braille offre une plus grande précision dans la restitution, mais des messages vocaux peuvent compléter l'information en braille. L'ajout de la parole au braille - à condition de respecter certaines règles de conception - permet de compenser la pauvreté relative du code braille. Elle permet aussi au lecteur de gagner du temps et peut faciliter la compréhension d'un document et de sa structure et - d'une manière générale - peut alléger la charge de travail mentale nécessaire pour naviguer dans un document. La restitution vocale de l'information ne nécessite pas d'apprentissage et son coût est faible comparé à celui de l'afficheur braille.
Voix enregistrée
L'enregistrement sur bande magnétique ou sur CD-ROM est un moyen largement utilisé par les aveugles ou les malvoyants pour accéder à des textes. Certaines œuvres sont disponibles dans le commerce sous cette forme. Il existe aussi des associations de lecteurs bénévoles " donnant leur voix " pour les personnes handicapées visuelles. Les développements de l'informatique et de la numérisation permettent de coupler la qualité de parole d'une voix humaine avec les possibilités de navigation dans un corpus de données structurées. Tel est l'objectif du consortium international Daisy dont les efforts convergent aujourd'hui avec le développement d'HTML pour la gestion de contenus multimédias [2]
Voix synthétique
La production de parole synthétique sur un haut-parleur a partir d'un fichier texte est réalisable sur un ordinateur personnel courant, à un prix peu élevé . Dans un avenir très proche il est probable que la synthèse de parole sera intégrée aux outils informatiques en standard. La synthèse de parole restitue n'importe quelle information sans nécessiter de pré-enregistrement, souvent dans plusieurs langues. Cette possibilité est largement utilisée par les personnes handicapées visuelles.
Transcrire un document textuel en braille peut être réalisé de manière automatique. Il existe de nombreux programmes réalisant cette transformation, en braille intégral ou abrégé. Traditionnellement, le texte était saisi au kilomètre et des marqueurs y étaient insérés, correspondant soit à des éléments de structure du texte (titre), à des éléments de forme (mise en relief du texte), ou des marquages propres au braille. La généralisation de langages de marquages structurés, tels SGML, HTML, XML, … permettent d'envisager de simplifier certaines étapes dans la transformation d'un fichier source en un fichier prêt pour l'impression braille.
Cette évolution peut s'appliquer aussi à la transcription des formules mathématiques ou des partitions musicales.
Un tableau est un ensemble de données, la plupart du temps alphanumériques, organisées selon une logique bi-dimensionnelle, que le lecteur peut appréhender globalement d'un coup d'œil et au sein duquel il peut choisr des axes de lecture privilégiés. Au delà d'un certain grossissement, la vision globale est perdue. Les donnes peuvent être présentées de manière linéaire, comme c'est le cas aussi pour les présentations en braille. L'informatique permet de fournir différentes " vues " correspondant aux différents axes de lecture, grâce à une fonctionnalité appropriée. Des outils de présentation de tableaux HTML ont été développés au sein de WAI et sont disponibles sur le Web.
Pour ce qui concerne les images et les schémas, la méthode d'adaptation dépend à la fois du contenu de l'image et du handicap visuel. Dans certains cas l'image peut être simplement agrandie. Dans d'autres cas elle doit être simplifiée, mais bien souvent elle doit être repensée, reconstruite, en particulier lorsqu'il s'agit de la présenter en relief, pour une lecture tactile. La question de fond est celle du message véhiculé par l'image. Il se peut que ce message puisse être formulé simplement de manière textuelle. Parfois, l'image n'est qu'une décoration, dont la présence n'est pas essentielle à la compréhension du document. Dans tous les cas, l'adaptation des images demande une analyse préalable des contenus et du contexte, et le choix du support à utiliser pour l'adaptation. L'adaptation des images requière donc une expertise complexe et très fine et ne peut être confiée à un programme informatique.
Pour répondre à la demande spécifique et très diversifiée des aveugles et des malvoyants, diverses structures se sont mises en place et dotées des moyens nécessaires. Ce sont les centres de transcription des établissements scolaires, des associations, fonctionnant souvent - en partie au moins - sur le principe du bénévolat, les imprimeries braille, les éditeurs spécialisés, notamment les éditions en gros caractère. Tous ces acteurs constituent l'édition adaptée, aux compétences multiples mais aux contours complexes.
D'une manière générale la production en ouvrages adaptés est bien inférieure à la demande. Obtenir l'adaptation d'un manuel scolaire pour un élève handicapé visuel demande parfois des mois. Se procurer un roman récent en braille n'est pas facile. Certains grands classiques comme des pièces du théâtre grec antique sont introuvables.
Mais paradoxalement, il n'est pas rare que certains titres soient adaptés par plusieurs centres simultanément, pour répondre à une demande impérative, concernant par exemple les œuvre imposées aux épreuves de français des examens. Un ouvrage est généralement adapté en braille d'une part, en gros caractères d'autre part, les processus de transformation et d'analyse étant différents.
Les logiciels utilisés sont très souvent anciens et les formats utilisés spécifiques.
Le processus complet de production d'un ouvrage adapté est long et extrêmement coûteux. Ce coût est couvert tantôt par le prix de journée des élèves scolarisés, tantôt par des subventions publiques ou privées, trop souvent par les particuliers eux-mêmes.
Pour résumer on peut dire que les outils techniques utilisés pour la production d'ouvrages adaptés sont très en retard sur l'évolution générale des technologies, et que - hormis une base de données accessible par Minitel et recensant les ouvrages adaptés - la coordination de cette production est largement insuffisante. Enfin, les relations avec les éditeurs manquent d'un cadre juridique et technique permettant de traiter le problème dans son ensemble.
Ces raisons font que les compétences en place, l'expérience disséminée dans les divers centres et le réseau potentiel que constituent ces centres sont très mal utilisés.
Dans le monde numérique tel qu'on le voit se dessiner, un nouveau schéma semble possible pour traiter le problème de l'adaptation des ouvrages pour les personnes handicapées visuelles. Ce schéma se dessine en particulier au travers de quelques expériences pilotes dont on peut rappeler les grandes lignes.
La société BrailleSoft a été créée en France fin 1991 par deux personnes aveugles. Son objectif était de diffuser par le moyen de disquettes des ouvrages transcrits et cryptés, à partir des originaux, et avec l'accord des éditeurs. Le système de cryptage utilisait un système de clés privées et un logiciel de décryptage fourni au client. Lorsque BrailleSoft a cessé son activité, en 1999, plusieurs centaines d'ouvrages avaient été adaptés ainsi pour quelques dizaines de lecteurs.
Le projet Sedodel a été mis en place pour faire la démonstration - à l'échelle européenne - que les techniques de sécurisation des données numériques, les systèmes de certification et d'authentification des utilisateurs permettent de créer un cadre suffisamment fiable pour que s'établissent des relations de coopération durables entre les éditeurs et les organismes ayant la compétence pour adapter les ouvrages aux besoins des aveugles ou des malvoyants. Les partenaires de ce projet sont l'Université de Bradford (coordinateur), le Royal National Institute for the Blind (RNIB), l'Open University, la British Library, au Royaume-Uni, l'Université Catholique de Louvain en Belgique, la société Euritis-GEMPLUS et l'INSERM, en France. Le système de sécurisation utilisé est à base de cartes à puces. La carte à puce n'interdit pas la duplication des fichiers correspondant aux ouvrages sécurisés mais garantit qu'une seule copie de l'ouvrage est en utilisation. Il est donc possible d'accéder au même livre à partir de machines différentes. En France, plusieurs ayant droits ont accepté de fournir des ouvrages pour la démonstration du système : les Editions Hatier du système, les Editions 00h00.com, l'Association des Bibliophiles Unis (ABU), le Centre de Transcription et d'Edition Braille (CTEB), ainsi que des écoles spécialisées. Ce projet arrive à son terme en mars 2000.
Dans le cadre de sa participation au projet BrailleNet, l'INRIA de Grenoble a développé une bibliothèque virtuelle en ligne comportant
- Des ouvrages du domaine public mis en ligne par sur différents serveurs Web
- Des ouvrages préparés pour une impression braille par des écoles ou des centres de transcription
Le catalogue de cette bibliothèque est mis à jour par des procédures automatiques, à partir des catalogues des différentes sources. La procédure de mise à jour du catalogue est lancée régulièrement sur de grands serveurs de documents en ligne comme la Bibliothèque Nationale de France.
L'autorisation peut être demandée aux responsables des sites sources d'effectuer une copie miroir de leurs sources sur le serveur INRIA de façon à assurer la pérennité des données.
Une charte d'utilisation des ouvrages transcrits en braille par les établissements ou les particuliers est en préparation. Les principales clauses de cette convention sont l'utilisation exclusive pour les besoins d'utilisateurs aveugles ou malvoyants et la non divulgation des sources.
L'intérêt de cette démarche est de pouvoir interroger à partir d'un même site Web, parfaitement accessible par des aveugles ou des malvoyants, un grand nombre de sources, avec la garantie de d'obtenir des réponses concernant des ouvrages disponibles dans des formats accessibles. Signalons, pour l'anecdote, que BrailleNet a reçu des messages de félicitation d'utilisateurs voyants satisfaits du gain de temps représenté par ce système [3].
A Washington, la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress) vient lancer officiellement le projet Web-braille, en mettant en ligne 2700 ouvrages. Les sources sont codées pour une impression ou une lecture en ligne en braille abrégé (Grade II Braille) considéré comme une transformation et une " opacification " suffisante du fichier original pour que tout doute soit levé sur le possible détournement de ces fichiers. Néanmoins l'accès à ces ouvrages en ligne est soumis à deux conditions : être aveugle ou malvoyant et être américain. Un logiciel de relecture est également fourni qui permet de désagréger le texte pour le faire prononcer par un système de synthèse de parole. La Bibliothèque du Congrès annonce un rythme moyen de 40 ouvrages mis en ligne par semaine, dans les mois qui viennent [4].
L'initiative WAI (Web Accessibility Initiative) mérite aussi d'être mentionnée. Elle définit des règles de conception des documents mis en ligne (au format HTML, bientôt XML) assez peu contraignantes pour les concepteurs mais garantissant que ces documents seront accessibles par tous. WAI fonctionne sous la responsabilité du consortium W3C et implique des participations de nombreux pays. WAI est coordonné par le MIT aux Etats-Unis, l'INRIA en France et l'Université de Keio au Japon [5]. Les recommandations de WAI sont aujourd'hui diffusées et reconnues internationalement, au point que le service d'information du gouvernement en propose une traduction sur son site [6]. Si ces recommandations sont appliquées un grand nombre de sources de documents devraient être accessibles aux personnes handicapées visuelles : annonces, formulaires administratifs, guides, textes de lois, circulaires, rapports officiels,...
Cette opération a été lancée conjointement par BrailleNet et les Editions 00h00.com lors du Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil. L'objectif est de mettre en place, avec le monde de l'édition et les centres spécialisés dans l'adaptation des documents, un système opérationnel donnant accès à un grand nombre d'ouvrages jeunesse dans des formats accessibles : Fichiers électroniques téléchargeables et consultables sur micro-ordinateur, ouvrages imprimés en gros caractères, en braille. BrailleNet s'est fixé comme premier objectif d'atteindre pour la fin de l'an 2000 la cible symbolique de 2000 livres jeunesse accessibles sur Internet [7]
Les différentes expériences qui viennent d'être citées peuvent s'inscrire dans un même schéma général. Selon ce schéma, il y a d'abord des sources de documents, qui constitue la matière première à partir de laquelle des services sont offerts aux lecteurs. Ces sources sont multiples et de nature très diverses de sorte que les droits qui y sont attachés sont variables. On observe aujourd'hui que les services de ce type vont en se multipliant et en se diversifiant, sur Internet notamment. Généralement la mise en place d'un service nécessite des transformations effectuées à partir des sources originales, comme par exemple la traduction ou la transcription. Quant à l'interface qui permet au lecteur final d'utiliser le service, elle peut varier considérablement selon le contexte d'utilisation, l'équipement informatique, les préférences de l'utilisateur ou ses handicaps.
Ce schéma n'est pas particulier aux personnes handicapées. Il peut s'appliquer à l'édition numérique en général. Le livre traditionnel, sous sa forme papier, apparaît comme l'un des services possibles fourni à partir d'une source.

| Sources | Transformation | Services | Interface Utilisateur |
|---|---|---|---|
| Patrimoine littéraire Auteurs vivant Fond documentaires Textes Informations diverses (annuaires, tableaux horaires, …) Conversion de format |
Traduction Résumé Transcription |
Interrogation à distance Information par téléphone Outil de recherche Compilation |
Ordinateur Téléphone Livre Electronique Terminal Braille Synthèse de parole |
Dans ce contexte, tout à fait nouveau, le cas des personnes handicapées n'est plus un cas marginal, à traiter à part, mais un cas particulier, à traiter parmi d'autres, aussi bien que les autres. Cela ne signifie pas pour autant que les problèmes liés aux spécificités du handicap visuel soient résolus, comme par magie. Mais en les inscrivant dans une problématique générale, on a désormais les moyens de les aborder de manière rationnelle et systématique.
Les éditeurs ont tout à fait intérêt à utiliser des formats structurés permettant de coder le contenu et la structure d'un document, indépendamment de sa présentation finale. C'est la raison d'être du langage SGML, inventé pour les besoins de l'édition et dont dérivent HTML, DHTML, XML, notamment. C'est à partir de tels formats que peuvent être produits des contenus dérivés, à posteriori. L'idée selon laquelle le format le plus général est le format le plus " plat ", texte ascii au kilomètre par exemple, est erronée. Aujourd'hui le monde de l'édition électronique s'oriente vers l'utilisation de formats pivots standards tel Open Ebook Standard (OEBS) [8].
L'édition braille utilise elle-même des méthodes de balisage du texte pour les besoins de la mise en forme braille. Reste à faire en sorte que ces méthodes soient compatibles avec les évolutions techniques dans le monde de l'édition.
Il serait également utile qu'un certains nombre de documents mis en ligne par des services publics, dont l'Education Nationale, puissent être utilisés avec des feuilles de style type que des malvoyants pourraient télécharger sur le Web. Cela peut tout à fait être intégré dans une charte de conception générale sans constituer un contrainte la plupart du temps.
La confiance est nécessaire dès lors qu'une personne confie à une autre un objet de valeur (un corpus données numériques dans notre cas) pour que la seconde y apporte une transformation. La confiance est d'abord et avant tout question relations contractuelles entre des partenaires dans le cadre d'une juridiction établie. L'auteur établit un contrat de confiance avec à son éditeur. L'éditeur passe un contrat avec son imprimeur. On ne voit pas bien les raisons pour lesquelles un éditeur ne ferait pas confiance à un centre de transcription braille, dès lors qu'une relation contractuelle serait établie entre eux.
Contrairement à une idée largement répandue, la sécurité informatique, est secondaire à ce niveau. Des éditeurs passent des accords avec des écoles pour déficients visuels, et envoient leurs fichiers par la poste sur disquette, …. avec promesse de les effacer après utilisation ! Reste la question de la confiance entre l'éditeur, copropriétaire et gestionnaire des sources et l'utilisateur final dans le cas où celui ci est quelque part sur le réseau. Cette question est central dans le développement du commerce électronique. Les solutions qui se mettent en place concernent le public le plus large. A nouveau les aveugles et les malvoyants ne sont qu'un cas particulier.
La mission de l'édition adaptée est certainement d'apporter une compétence spécifique dans la transformation de documents destinés à des personnes handicapées visuelles. Dès lors que la confiance est établie et que les centres de transcription disposent des sources électroniques de document et que ces sources sont dans des formats structurés facilitant les traitements, cette compétence peut - et doit - se limiter aux opérations qui ne seraient pas réalisables par des procédures automatiques.
Il est également nécessaire de faire en sorte que des compétences spécifiques soient mieux utilisées, tel centre peut avoir une expérience plus grande dans l'adaptation des documents de telle ou telle discipline.
Il est impératif que la demande soit mieux connue et que l'offre lui soit mieux adaptée. On peut raisonnablement penser qu'en la matière Internet aiderait à rationaliser le travail. Un système de portail, simple et accessible, pourrait être mis en place et donner à tous les acteurs intéressés une visibilité d'ensemble des ressources et des besoins.
Ce que l'on appelle parfois la révolution numérique représente une chance importante pour les aveugles et les malvoyants d'accéder comme les autres à des sources d'information, à des services auxquels ils n'avaient pas (ou très mal) accès jusqu'ici. Pour que cette chance se réalise une mobilisation et une concertation des différents acteurs sont nécessaires. Je forme le vœux que ce colloque en soit l'amorce !
Dominique Burger, le 3 février 2000
Références
[1] CSS
[2] Daisy
[3] BrailleNet : Bibliothèque Virtuelle
[4] Web Braille - Library of Congress
[5] WAI
[6] internet.gouv.fr
[7] 2000 livres
[8] Open Ebook Standard
[11]Web Accessibility Initiative
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